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Sauvé par le gong?



Sauvé par le gong?
La mobilisation des enseignants des lycées et collèges de l’académie de Créteil a été fortement médiatisée les dernières semaines. Si elle s'est interrompue depuis la fin de la semaine dernière, ce n’est non par démotivation des enseignants « grévistes » ou par un accord entre le ministère et les enseignants. C'est en réalité aux vacances scolaires de la région parisienne que Luc Chatel doit son salut ! Sauvé par le gong ? Pas si sûr. La reprise des cours dans 2 semaines pourrait voir renaître le mouvement tant les causes de ce malaise sont fortes.

Rappelons que ce n’est pas d’une grève qu’est parti le mouvement mais d’un « droit de retrait » des enseignants du lycée Adolphe Chérioux de Vitry-sur-Seine suite à une agression au sein de leur établissement. Cette affaire est emblématique à plus d’un titre et c’est pour cela qu’elle a connu un écho dans l’opinion mais également dans les établissements scolaires voisins. En effet, elle illustre parfaitement l’échec de la politique d’éducation menée par la droite depuis son retour aux affaires en 2002. Nous touchons là à la limite du dogme budgétaire, sinon libéral, de non remplacement d’un fonctionnaire sur 2, ce qui a conduit à réduire drastiquement le nombre d’adultes dans les établissements (plusieurs dizaines de milliers en 8 ans) alors même que le nombre d’élèves est en progression. Le taux d’encadrement en 8 ans a fortement chuté. Cette saignée a concerné aussi bien le personnel d’enseignement que de surveillance sans qu’aucune réflexion sur les besoins ne soient menées. Nous arrivons au final à une situation où le manque de personnel se fait durement ressentir.
Depuis 2002, les personnels de surveillance dans les établissements scolaires ont été les principales victimes des différents ministres UMP. Outre la diminution de leur nombre, ils ont également vu leur statut évoluer, ou plutôt régresser. Avec de lourdes conséquences. Ce fut tout d’abord la transformation du statut des MI-SE (les bons vieux pions tels qu’on les connaissait depuis des années) - qui permettait à nombre d’étudiants de financer leurs études pendant un maximum de 7 ans avec des aménagements d’horaires possibles - en assistant d’Education (AE) dont le service est plus long pour un salaire moindre et une durée est de 3 ans, éventuellement renouvelable une fois. Ce fut ensuite la suppression des emplois jeunes du gouvernement Jospin dans les établissements qui a entrainé la disparition de certaines activités d’aides ou de médiation après des élèves. C’est enfin la multiplication des emplois aidés, proposés au grès des plans de traitement social du chômage, qui ne sont donc pas pérennes pour les équipes scolaires et qui souvent n’offrent qu’un contrat de 6 mois seulement (vacances comprises), à mi-temps et ne laissant pas le temps aux personnes concernées de prendre place dans l’établissement.

Le rôle d’un surveillant n’est pas que de surveiller une salle d’étude ou une cantine mais également d’être présent dans les lieux de vie de l’établissement afin de prévenir les tensions, d’avoir un dialogue avec les élèves et d’être plus proches d’eux grâce à une fonction davantage tourner vers l’écoute que les enseignants et une plus grande proximité générationnelle. C’est tout cela qui permet d’éviter bien souvent les excès de violence et c’est la grande erreur de l’UMP que d’avoir oublié cela pour des raisons budgétaires. 

Du personnel de surveillance moins nombreux, moins motivé et moins impliqué par un statut de plus en plus précaire, voilà les raisons de la situation explosive que vivent de nombreux établissements. C’était début février à Vitry-sur-Seine, c’était début janvier l’assassinat - pour la première fois dans un établissement scolaire - d’un élève au lycée Darius Milhaud au Kremlin Bicêtre, c’était en décembre au collège de Neuilly-Saint-Front où l’ensemble des professeurs ont fait grève une journée pour accompagner la démarche des parents d’élèves demandant un renfort du nombre de surveillants.
Alors le ministre, sauvé par le gong des vacances ? Pas si sûr. Les racines du malaise sont toujours présentes,. Une seule solution pour la majorité UMP : Remettre de l’humain dans les écoles. Revoir le ou plutôt les statuts des personnels de surveillance afin de fixer des équipes dans des conditions motivantes. Prévenir la violence et la déjouer plutôt que de la combattre par des arsenaux répressifs dits de sanctuarisation des établissements scolaires (vidéos surveillances, portiques de sécurité, policiers dans les établissements, etc…). Voilà des approches qui différencient la droite de la gauche.


Jeudi 25 Février 2010
Sylvain Logerot
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